Roland Granier
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CULTURE ET ANALYSE ÉCONOMIQUE

 

Depuis la fin des années 1990, un nouveau thème de réflexion motivant fortement les économistes a fait son apparition: la question des facteurs culturels conditionnant les spécificités des différents marchés nationaux du travail et, dans le cas de la France et de divers pays européens en particulier, déterminant d’une part les restructurations de la population active (montée de l’activité féminine et déclin de l’emploi à temps complet, notamment) qui caractérisent le marché du travail depuis 1960 et, d’autre part, certaines formes nouvelles d’emploi qui tendent à proliférer depuis quelque 20 ans (temps choisi, temps partiel, contrats de travail à durée déterminée et autres formes d’emplois dits « précaires ».). L’organisation d’un colloque sur ce thème en a rapidement résulté, qui s’est tenu à Hyères (Var) les 26 et 27 mars 1998, et qui a réuni une quarantaine de participants français et étrangers. Les communications les plus marquantes ont été rapidement publiées (décembre 1998) sous la forme d’un ouvrage collectif[1]. Le succès de cette manifestation concernant donc la problématique des déterminants culturels de l’activité économique, il nous a paru opportun de développer cette dernière dans la perspective désormais bien plus large de la relation « culture – comportements économiques ».

Généralement l’on associe la notion de culture (d’une société) à des habitudes, des attitudes largement conditionnées par l’adhésion collective, consciente ou inconsciente, à certaines valeurs. La culture, lato sensu, se réfère ainsi aux croyances, comportements, coutumes, langages et styles de vie qui caractérisent un peuple à un moment donné, ou au cours d’une période déterminée[2]. C’est bien en ce sens que se trouvera le plus souvent utilisé, ici, le terme de culture, en tenant naturellement compte du fait que chaque culture est elle-même en général évolutive.

Les cultures diffèrent d’une société à une autre mais aussi, à l’évidence, pour une même société, d’une époque à une autre. Il est indéniable que depuis le début du XX° siècle nombreux sont les facteurs communs qui ont fait évoluer diverses cultures dans des directions apparemment voisines, tout particulièrement dans les pays dits développés. La rétroaction de ces évolutions sur les comportements économiques de ces diverses sociétés devenait dès lors inévitable.

L’évolution de ces déterminants culturels - fort rapide au cours du dernier demi-siècle - modifie profondément nos attitudes et jugements ; transformation des comportements démographiques, évolution des styles de consommation et des préférences des consommateurs, croissance des possibilités et donc des exigences dans la rapidité des contacts et des communications, ne sont que des exemples banals. Bien des besoins, des désirs, des comportements, des conceptions, qui étaient hier soit moralement réprouvés, soit scientifiquement et techniquement hors de portée, sont devenus acceptables, pensables, et très souvent réalisables. Nombre de rêves se sont ainsi transformés en réalités et nombre de tabous ont été progressivement lavés de toute suspicion éthique à la faveur d’une évolution générale que certains appelaient de leurs vœux et que d’autres taxaient de décadence.

Les réalités sont pourtant bien là : les Américains sont allés sur la lune, l’énergie nucléaire a facilité, bien plus qu’on ne s’y attendait, la réduction de la « facture pétrolière » (par le biais des quantités et des prix) et le Mur de Berlin a fini par s’effondrer. Mais, surtout, les systèmes d’éducation se sont développés et démocratisés, s’ouvrant, entre autres choses, à une fréquentation féminine croissante qui justifia largement, ensuite, la montée en puissance des femmes dans la vie active, tandis que cinquante années de progrès scientifiques et techniques considérables et aussi de croissance économique imperturbable[3] ont introduit un extraordinaire « chambardement » dans les niveaux et les genres de vie; bien des individus, avides de revenus mais aussi de culture et de détente, sont désorientés en présence d’un dilemme travail/loisir régénéré par des gains considérables de productivité; la majorité s’obtient à dix-huit ans depuis plus de deux décennies, les unions et désunions de couples s’amplifient et revêtent désormais la même banalité, les familles monoparentales se développent, l’avortement est légalisé - mais on fabrique aussi des bébés en éprouvettes...- et le mariage pour tous se trouve désormais consacré. Les progrès de la connaissance génétique fascinent par les perspectives thérapeutiques qu’ils ouvrent, en même temps qu’ils angoissent par les dérives qu’ils peuvent induire…Quant à la technicité et à la « professionnalisation » de plus en plus pointues des armées, elles sont là pour rendre compte de la disparition du sacro-saint symbole démocratique que représentait, entre autres dans notre pays, le service militaire obligatoire.

Dans de telles conditions, comment aurait-on pu ne pas assister, aussi, à une modification radicale des conceptions et des attitudes dans la vie économique et, notamment, sur le marché du travail?[4] D’autant que ce dernier constitue le segment de la vie économique et sociale le plus sensible au ralentissement de la croissance, à la mondialisation, au progrès technique et aux gains de productivité...

En France, depuis 1975 environ, la droite a veillé et est assez largement parvenue, sur le plan idéologique, à ressusciter un libéralisme qui semblait à tout jamais sulfureux aux yeux de la pensée antérieurement dominante[5]. De son côté la gauche au pouvoir, après une vague ahurissante de nationalisations, n’a soudain plus hésité à réhabiliter l’entreprise privée et à entonner un hymne aux vertus de l’économie de marché... sans tempérer pour autant son obsessionnelle tradition interventionniste, croyant probablement sauver ainsi son « âme ».

Le concept de lutte des classes a, du coup, perdu une bonne partie de son sens initial. Mais il n’en a pas moins la vie dure : il semble désormais se déplacer pour s’adresser de manière croissante à des sous-populations qui ne participent pas directement ou concrètement à l’emploi - disons toutes les personnes victimes de la fameuse « fracture sociale » (que nul ne sait d’ailleurs définir clairement et moins encore quantifier avec précision) et, en particulier, aux chômeurs, qu’ils soient éphémères, de longue durée, voire éternels dans certains cas, qui apprennent de ce fait à défendre des « droits acquis », à revendiquer une amélioration des niveaux d’indemnisation, qui en arrivent à réclamer des primes de fin d’année et qui, en tout état de cause, maîtrisent bien, à leur tour, les techniques et l’efficacité des négociations collectives et des manifestations de masse...

Dans le même temps, au travers de quelques alternances politiques qui firent toutes, et sans sourciller, la (pieuse) promesse d’une « reconception » radicale de la situation, on a vu, de façon après tout cohérente, se multiplier les chantres de la flexibilité du travail, se démultiplier les mises en doute de la pertinence du salaire minimum et des charges sociales pesant sur les entreprises, s’enrichir divers dispositifs d’aides (vouées à l’échec car trop temporaires[6]) aux entreprises disposées à embaucher, et proliférer, dans un climat de surprenante passivité, notamment syndicale, la pratique des contrats à durée déterminée[7]. Rien de tout cela n’était de nature à endiguer la progression du chômage, moins encore à promouvoir des emplois durables et stables, alors même que la persistance de prélèvements obligatoires aux taux irraisonnables se combinait avec l’une des inductions les plus perverses de ce même chômage (à savoir certaines sous-populations droguées d’assistance et donc peu pressées de prendre ou reprendre un emploi officiel) pour encourager le fleurissement d’une économie souterraine aussi prospère et choquante... que finalement méritée!

Face à ces difficultés persistantes et malgré des échecs avérés (1936 et 1981-82) en termes de créations d’emplois, le serpent de mer de la réduction obligatoire et généralisée de la durée du travail réapparaît périodiquement, alors même que le déclin du temps de travail, observé, avéré, régulier, progressif et spontané est manifestement en marche depuis cent cinquante ans au moins dans tous les pays riches...

Parmi les multiples déterminants de cette évolution figure naturellement la culture prise en un sens à la fois plus restreint et, peut-être, plus précis, qui est celui que lui ont conféré notamment Kant – « produire chez un être raisonnable l’aptitude générale aux fins qui lui plaisent… » - puis Hegel – qui y voyait un processus formateur de nature à transformer l’Esprit et la qualifiait à l’aide du fameux Bildung (« formation », « éducation »). Son développement, que l’on peut largement analyser comme un fruit de la croissance, est très certainement l’un des facteurs fondamentaux du phénomène capital de l’augmentation de l’offre féminine de travail, et, plus largement, de la reconception de la place des femmes dans la société.

Dans l’ordre économique, des questions de compréhension et d’interprétation se posent donc aux divers acteurs et décideurs, qu’ils soient privés - chefs d’entreprise, salariés, responsables syndicaux - ou qu’ils soient publics, centraux ou décentralisés, quand on est en présence d’une société qui connaît des mutations culturelles rapides : les grilles traditionnelles d’analyse et d’interprétation deviennent rapidement obsolescentes, ce qui désarme et/ou désarçonne souvent l’observateur ou l’analyste qui utilisent des « catégories » se révélant de moins en moins pertinentes et opérationnelles. Face à une modification accélérée des comportements et donc des actions, réactions et attitudes des agents économiques, la prise en considération des évolutions culturelles est de nature à fournir de nouvelles clés pour la compréhension d’une réalité dont la mouvance est de plus en plus rapide. Le marché du travail qui est le plus perturbé, peut-être, par les effets conjugués de la « croissance ralentie » et d’une compétition de plus en plus effrénée dans le cadre de la mondialisation, fournit selon nous un champ privilégié pour introduire la dimension de l’évolution culturelle dans l’explication de phénomènes et comportements nouveaux, qui n’auraient pas été envisagés ou même pensables voici seulement trente ou quarante ans.

Mais si les diverses cultures connaissent une indéniable évolution au fil du temps, rien ne permet actuellement d’assurer que ce phénomène débouche sur une convergence, voire sur une homogénéisation inévitable. Le risque n’est certes pas inexistant dans la perspective, en particulier, de la mondialisation en marche. Il n’en reste pas moins que les réactions à ce danger se révèlent toujours vivaces. L’anti-américanisme récurrent qui ne manque aucune occasion de se manifester dans les pays d’Europe occidentale le montre bien.

Mais, surtout, l’on sait parfaitement, aujourd’hui, que certaines grandes cultures ont été capables de digérer les mécanismes les plus dynamiques du capitalisme et de l’économie de marché sans, pour autant, renier leurs traits les plus caractéristiques. Et dans ce cadre, précisément, d’internationalisation croissante des diverses économies de la planète, la question des difficultés relationnelles provenant des chocs et affrontements culturels semble demeurer intacte. La réussite japonaise et les démarrages économiques observés depuis plus de trente ans dans bien des pays asiatiques illustrent parfaitement ce point de vue.

Les manières d’agir restent donc, pour l’instant, très différentes d’une société à une autre. Chaque culture est donc aussi un contexte d’interprétation. Les règles d’interprétation des observations et critiques, des compliments, des signes de respect, par exemple, peuvent varier fortement d’une société à une autre. Certes la diversité des cultures n’est pas incompatible avec l’existence de références éthiques universelles mais, néanmoins, les notions de justice et de respect de la dignité humaine, par exemple, n’ont pas le même écho et ne génèrent pas des réactions et pratiques identiques dans toutes les cultures. Il en résulte que les stratégies des individus, des groupes - et des pouvoirs publics quand il s’agit de politiques économiques globales ou spécifiques, sont le résultat d’une perception du monde qui s’opère au travers de ce  prisme particulier que constitue chaque culture.

Divers travaux portant sur des comparaisons internationales (France/Etats-Unis, France/Japon,…) font souvent émerger deux positions théoriques extrêmes : l’universalisme et le singularisme . L’universalisme considère que les mêmes variables, les mêmes concepts et les mêmes modèles conviennent pour représenter dans divers pays le même phénomène. Sur le plan méthodologique, la modélisation économique en est l’idéal type. Les enseignements tirés pour un pays sont considérés comme mécaniquement transposables dans tel autre… Ainsi le développement du temps partiel, qui a autorisé au Danemark et aux Pays-Bas une sensible réduction du taux de chômage, devrait donner un résultat similaire en France… Le singularisme, au contraire, considère que rien n’est semblable. Chaque pays a son histoire, ses institutions propres, sa culture originale, son dispositif politique particulier et donc constitue un contexte spécifique qui rend vaine toute transposition mécanique. Sur le plan méthodologique le « culturalisme » en est l’idéal type. Les Français ne seront jamais des Américains, et les approches du marché du travail par la flexibilité ne pourront avoir le même sens, la même portée et la même adhésion dans les deux pays. De même que la traditionnelle pratique japonaise du « labour-hoarding » pourra paraître curieuse et éventuellement absurde ou indigeste aux Américains.

Ni le raisonnement économique standard et son fonctionnalisme universaliste, dépourvu de toute référence culturelle, ni le culturalisme ou le structuralisme pur ne seront en fait retenus. On peut en revanche proposer :

·        d’intégrer l’histoire, la perpétuelle évolution des hommes et, surtout, le fait que les individus sont les acteurs économiques fondamentaux, sans perdre pour autant de vue qu’au sein d’une même société diverses valeurs coexistent en général. Les perceptions du chômage et de l’emploi peuvent différer entre Roubaix et Marseille, entre Dallas et Chicago. Nos banlieues chaudes posent des problèmes qu’expliquent probablement, et pour partie au moins, le grand nombre de références culturelles qui y coexistent.

·        de rejeter un holisme méthodologique pur consistant à dire qu’une sorte de « programme » pourrait mécaniquement régler les actions individuelles. En d’autres termes, de nombreux comportements ne sont pas le produit d’un conditionnement mais le résultat d’intentions mûries et réfléchies. Parler de culture, c’est refuser d’envisager l’individu enfermé dans une structure, renoncer à le considérer comme subissant son destin au lieu de le construire.

·        d’ignorer l’individualisme méthodologique pur et dur, puisque chaque culture est porteuse d’une conception propre de l’intégration d’un ensemble d’individus au sein d’une société. L’homo-œconomicus est dépourvu de sens.

L’interprétation comparative ne peut se satisfaire d’une explication économique. Elle exige d’aller au-delà des résultats des analyses économiques en recourant à une logique de compréhension visant à mettre en relation les résultats obtenus avec certaines des caractéristiques sociales, comportementales, institutionnelles et politiques des divers pays, en bref avec tout ce que l’on peut englober dans le vocable de « Culture ».

Une telle conception, qui devrait pouvoir conduire à éclairer de façon nouvelle les divers compartiments de l’activité économique, nous paraît d’autant plus féconde qu’au premier abord les différences culturelles ne sont guère visibles pour l’analyste : les techniques des chefs d’entreprise semblent partout les mêmes (décisions d’embauche en fonction des prétentions salariales et de la productivité probable des postulants, et aussi en fonction des plans de charge des unités de production ; arbitrages entre techniques de production effectués, quand la question se pose, en tenant compte des coûts relatifs du travail et du capital …) et les techniques de gestion paraissent standardisées à l’échelle mondiale. Pourtant, dans la réalité concrète, des différences sensibles apparaissent rapidement : résistances des personnels à appliquer des directives venues d’ailleurs, difficultés à exercer des responsabilités dans des filiales étrangères face à des salariés dont on saisit mal les mentalités, difficultés d’adaptation des entrepreneurs et des cadres supérieurs « importés » à un système fiscal, à une législation du travail et à un système de protection sociale pouvant paraître aberrants, soit qu’ils semblent trop futuristes, soit qu’ils soient jugés antédiluviens…

Ainsi plus la mondialisation se déploie, plus les différences culturelles se manifestent et plus les frottements culturels s’exacerbent… Et l’importance de la distance géographique n’est pas nécessairement déterminante…Une expérience de relative proximité faite par Renault en Belgique est sans doute intéressante à cet égard… De même que bien des médecins allemands qui ont tenté de s’installer en France, dans le cadre d’une Europe facilitant la mobilité des facteurs et la reconnaissance intra-européenne des diplômes et compétences, ont eu de fortes difficultés à se plier aux exigences administratives et aux contraintes du système français de protection sociale.

Ainsi la culture concerne nécessairement la vie des entreprises en ce qu’elle affecte la manière de gouverner les hommes. Le fonctionnement des firmes ne peut longtemps ignorer les particularismes culturels dès lors qu’il se trouve étroitement lié à la manière de coopérer entre humains, d’entrer en conflit ou d’accepter la soumission à une autorité. Comme dans la société tout entière, ce qui sépare le légitime de l’illégitime, le moral de l’immoral, le juste de l’injuste, l’honneur du déshonneur… est omniprésent dans la vie de l’entreprise. Or la science économique ne s’intéresse que très peu ou bien trop peu à la façon dont les institutions, les règles, les procédures sont conditionnées par les conceptions et convictions collectives, les croyances, en un mot les mœurs. D’où l’intérêt de recherches visant à endogénéiser les facteurs culturels afin de mieux comprendre, dans des sociétés différentes, les stratégies envisagées, les motivations explicites ou implicites et les actions déployées par ceux qui gouvernent les entreprises et qui y vivent au quotidien. Pour favoriser l’adhésion du personnel les entreprises essaient de rassembler les hommes autour de « valeurs partagées » (respect de chacun, amélioration des relations de confiance avec la clientèle…), ce qui porte le nom de « culture d’entreprise ». Chaque pays a en ce domaine ses archétypes. Mais ces derniers varient précisément en fonction des cultures (respect de la dignité de chacun, de la liberté;  souci de justice et attachement à l’égalité…) si bien que malgré sa « culture d’entreprise » une firme ne peut jamais négliger les cultures nationales.

Dans cette perspective il est de l’essence de la gestion bien comprise de tirer le meilleur parti de l’environnement où l’on se plonge et d’être en conséquence à même de décoder au plus vite les manières d’agir, en vue de réagir avec l’efficacité souhaitable. Si la vie de l’entreprise s’appuie, certes, sur un certain nombre de routines ou, à tout le moins, de processus et de mécanismes bien rodés, l’expérience prouve que la mondialisation et les nouvelles donnes de la concurrence internationale perturbent très souvent les ordres institués, imposent l’application de nouveaux modes d’action, provoquent des rencontres et/ou des associations avec des interlocuteurs ou des partenaires étrangers aux mentalités mal connues, ce qui impose de part et d’autre une compréhension de plus en plus précise et affinée des actions et réactions de chacun. Le chercheur objectif et désintéressé devrait avoir en ce domaine un rôle majeur à jouer : essayer de pénétrer la logique des cultures et fournir ainsi, aux responsables confrontés à la globalisation des marchés, des instruments originaux et efficaces d’aide à la décision.

Au-delà des questions concernant les réactions individuelles et les stratégies des firmes, c’est aussi tout le problème de l’environnement économique général, dans ses aspects comportementaux et institutionnels, qui pourrait se trouver renouvelé par cette approche. Les traditions nationales et politiques appartiennent à la culture des peuples et elles conditionnent largement les différences structurelles qui servent de cadres au déroulement de l’activité économique dans chaque pays. Ce n’est pas par hasard que la construction européenne se heurte à des problèmes aussi complexes que l’harmonisation des fiscalités (TVA, IRPP, fiscalité de l’épargne…) et des systèmes de protection sociale – y compris la question, partout épineuse en Europe, de l’avenir des systèmes de retraite. Et ce n’est pas non plus par hasard que les réponses, plus ou moins spontanément apportées à certains problèmes par les individus et les groupes privés, font l’objet de réactions permissives des pouvoirs publics, elles-mêmes variables d’un pays à l’autre (par exemple, « exutoire » de l’économie souterraine dans certains pays).

Roland GRANIER

Professeur émérite d’Aix-Marseille Université

Doyen Honoraire de la Faculté d’Economie Appliquée
d’Aix-en-Provence
.

 


 

[1] Culture et Emploi (sous la direction de Jean-Pierre Giran et Roland Granier), Cujas, Paris, décembre 1998. Une vingtaine d’auteurs tentent d’y faire des approches variées de la relation entre transformations culturelles, d’une part, et évolution des attitudes des individus et des firmes sur le marché du travail, d’autre part.

[2] Pour l’anthropologue britannique Edward, Burnett, Tylor la culture est un « tout complexe qui inclut les connaissances, les croyances, l’art, la morale, les lois, les coutumes et toutes autres dispositions et habitudes acquises par l’homme en tant que membre d’une société ». Cf. E., B., Tylor, La Civilisation Primitive, (1871).

[3] N’oublions pas, en effet, que la période de croissance ralentie que nous vivons depuis 1974 environ demeure sensiblement positive et correspond à des taux annuels moyens comparables à ceux connus tout au long du XIX° siècle.

[4].Voir Culture et Emploi, op. cit.

[5] A tout le moins dans les milieux intellectuels…

[6] La plupart de ces dispositions, qui procédaient soit par subventions soit par exonérations de charges sociales, ont débouché sur des embauches elles-mêmes temporaires, suivies de « dégraissages » de montants équivalents ou voisins dès la coupure ou l’expiration légale des aides !

[7] Ce qui ne saurait bien évidemment empêcher nombre de beaux et bons esprits de reprocher aux Américains le développement de bien trop d’emplois précaires !

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