Roland Granier
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Travaux sur l'Economie de la Philatélie.

Outre les travaux sur l’Économie de la philatélie cités par ailleurs, à partir de Janvier 2000 et jusqu'en 2003 R.G a assuré une chronique plus ou moins mensuelle sur l’Economie de la philatélie dans Le Monde des Philatélistes (Groupe Le Monde) puis dans Timbres-Magazine depuis la fusion qui a conduit à la création de ce nouveau titre et enfin dans Le Monde – Argent, supplément au quotidien publié le samedi soir à Paris (daté dimanche-lundi) . Ont ainsi paru en 2000 et 2001 les chroniques suivantes :

Janvier 2000 (M.P n° 547) : « Les tendances de la cote… » (pages 83-84)
Février 2000 (MP n° 548) : « Andorre (France) : 7,1 % par an. » (pages 72-73)
Mars 2000 (MP n° 549) : « Andorre (France) : des rendements contrastés » (pages 66-67-68)
Avril 2000 (TM n° 1) : « Monaco : les années classiques et semi-modernes » (pages 97 à 99)
Mai 2000 (TM n° 2) : « Monaco : Années de guerre et timbres modernes » (pages 104-105)
Juin 2000 (TM n° 3) : « France, Andorre et Monaco – Poste Aérienne » (page 92)
Juillet-Août 2000 (T.M n° 4) : « Grandes Fortunes… » (page 112)
Décembre 2000 (T.M n° 8) : « Le 5 F « Empire » » (page 93)
Mars 2001 : « Le 1 Franc Vermillon », le Monde –Argent des dimanche 18/03/2001 et lundi 19/03/2001, page VIII
Juin 2003 : La « vraie » valeur du 15 centimes vert Cérès, le Monde –Argent des dimanche 08/06/2003 et lundi 09/06/2003, page IV
Novembre 2003 : La belle valeur du prince-président, le Monde –Argent des dimanche 23/11/2003 et lun-di 24/11/2003, page IV

Antérieurement, il avait signé les articles suivants (ordre chronologiaue inverse):


11. 1999 : En collaboration avec Pierre Jullien, Rédacteur en Chef de la revue Le Monde des Philaté-listes, et Dominique Buffier, journaliste au Monde des Philatélistes, publication d'un «Que-Sais-je ? » sur La Philatélie, Collections et Placements (prise en charge par RG des divers aspects économi-ques et financiers de la Philatélie - seconde partie de l’ouvrage), (« QSJ ? » N° 3387). PUF, Paris, 2° Edition, corrigée et mise à jour, Août 1999 (8° Mille).

10. 1998 : « Enchères : d’Octave Roumet à William Vickrey », Le Monde des Philatélistes, octobre 1998.

9 1998 : En collaboration avec Pierre Jullien, Rédacteur en Chef de la revue Le Monde des Philatélis-tes, et Dominique Buffier, journaliste au Monde des Philatélistes, publication d'un «Que-Sais-je ? » sur La Philatélie, Collections et Placements (prise en charge par RG des divers aspects économi-ques et financiers de la Philatélie - seconde partie de l’ouvrage), (« QSJ ? » N° 3387). PUF, Paris, mai 1998. . Epuisé en 9 mois (4000 exemplaires). Cet ouvrage a été élaboré à l’entière initiative de Roland Granier.

8 1997 : « Vérité des cotes et réalité du marché », Le Monde des Philatélistes, juillet-août 1997.

7 1997 : « Marché Philatélique et marché de l’art, similitudes et divergences », Le Monde des Philaté-listes, juillet-août 1997.

6 1996 : « Les timbres, valeur de placement - Guerres, crises et conservation des valeurs philatéli-ques », Le Monde des Philatélistes, juin 1996, pages 79 et sq.

5 1996 : Étude des rendements économiques et financiers des « Blocs et Feuillets » de Monaco. Tra-vail réalisé sur la demande et pour le compte de la Société Valeurs Philatéliques, Nice, 25 pages, avril 1996 (polycopié).

4 1994 : "Les indices des cotes philatéliques : vers l'établissement de nouveaux "CAC-40" pour les timbres de collection ?", article achevé en février 1994. Publié dans l'ouvrage collectif Economie en Liberté - Hommages au Doyen Claude Zarka, avril 1995 (Presses de l’Université d’Aix-Marseille III). Ouvrage élaboré à l’initiative et sous la responsabilité de R. Granier.

3 1994 : "La valeur des timbres modernes", Le Monde des Philatélistes, N° 483, mars 1994, pages 35 et sq.

2 1993 : "Les cotes des timbres au crible", Le Monde des Philatélistes, N° 478, octobre 1993. Cet article procède à une analyse de longue période (depuis 1900) de l'évolution de la valeur des timbres français et suggère une méthode d'établissement d'un indice synthétique des cotes.

1 1993 : "Faut-il investir dans les carnets ?", Le Monde des Philatélistes, N° 472, mars 1993. Cet arti-cle a inauguré une série d'études de R.G suggérées par Le Monde des Philatélistes, en 1992, avec étalement pluriannuel, sur les rendements financiers à court, moyen et long terme, des placements philatéliques (timbres classiques, semi-modernes et modernes ). Depuis Janvier 2000 R.G assure une chronique mensuelle régulière.

 
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Mise à jour d’octobre 2011

ASPECTS ÉCONOMIQUES DE LA PHILATÉLIE

A titre préliminaire et afin de mieux caractériser le marché philatélique, soulignons que nombreuses sont les similitudes qui le rapprochent du marché de l’art. Mais quelques différences entre les deux marchés méritent aussi d’être notées. On peut acheter des oeuvres d’art par passion artistique, ou dans l’espoir de placements fructueux, les deux motivations se combinant souvent. On peut accumuler des timbres pour satisfaire une passion de collectionneur et/ou dans l’espoir de procéder ainsi à un investissement qui se révélera, à terme, très rentable. Les ressemblances entre les entre les deux marchés peuvent être présentées sous trois angles. [On trouvera une bonne présentation d’ensemble des diverses approches économiques du marché de l’art dans Jean-Michel Siméoni, Le Marché de l’art, Synthèse bibliographique des travaux sur l’économie de l’art, Travaux du GRIFE, Faculté d’Economie Appliquée d’Aix-Marseille, 74 pages, Novembre 1993.]

1) Les opérations portent dans les deux cas sur des biens non reproductibles.

Ce point est tout à fait capital. Entendons-nous. Un artiste peut naturellement exécuter autant d’oeuvres d’art qu’il le veut et/ou le peut, dans des limites fixées par l’intensité de son inspiration, par son ardeur au travail et par la durée effective de sa carrière. Mais chacune des oeuvres réalisées est soit unique (peintures, sculptures, poteries..) soit tirée à un nombre fort limité d’exemplaires (lithographies par exemple). La demande solvable se trouve donc confrontée à un marché sur lequel l’offre est extrêmement réduite et, en tout état de cause, largement rigide. Et il en va de même pour les grandes valeurs philatéliques. Une fois un timbre émis, vendu en un certain nombre d’exemplaires et retiré de la vente postale, son offre (potentiellement plus ou moins importante selon le tirage et les ventes initiales) devient fortement inélastique. Quels que soient les ressorts profonds qui poussent les continuateurs des anciens « timbrophiles » du 19° siècle à collectionner des timbres, les facteurs de non-reproductibilité et de rareté intrinsèque sont pour l’essentiel à l’origine des valeurs parfois phénoménales atteintes par certains timbres. Le fameux « one cent », magenta et octogonal, de Guyane britannique ne fut pas vendu aux enchères au prix fabuleux de 850.000 $ (New-York, 1980), soit environ 3.592.000 Francs de l’époque (1$ = 4,226F, en moyenne en 1980) et 6.800.000F de 1995 (après correction par le taux d’inflation).pour sa forme, sa couleur ou sa beauté, mais parce qu’il n’en existait plus alors qu’un seul exemplaire connu! A contrario les timbres, notamment d’usage courant, qui ont souvent fait l’objet, en particulier au XX° siècle, de tirages excessifs (parfois démentiels) n’avaient dès leur émission aucune chance d’avoir un jour la moindre valeur marchande -et ils n’en ont d’ailleurs aucune. De façon générale les timbres prennent d’autant plus de valeur qu’ils ont donné lieu à de faibles tirages, et inversement.

2) Une demande solvable doit également exister sur le marché philatélique comme sur le marché de l’art.

L’observation paraîtra banale et l’est en effet. Mais certaines de ses implications pour les acteurs en cause ne sautent pas toujours aux yeux. Il s’agit tout d’abord d’une demande qui ne porte pas sur des biens indispensables, dont la possession serait incontournable pour chacun d’entre nous. Il s’agit plutôt, dans les deux cas, d’une demande de biens de luxe, dépendant à la fois du pouvoir d’achat des amateurs, de leurs ambitions artistiques et spéculatives et aussi de leur culture. Or une telle demande ne peut significativement apparaître que si les besoins essentiels sont largement satisfaits dans la société ou dans certaines couches sociales de celle-ci. Ce qui explique que les marchés, tant de l’art que de la philatélie, ne prennent une dimension appréciable (en termes de chiffres d’affaires comme en termes médiatiques) que dans les pays les plus riches.
Et l’on met ici le doigt sur un aspect à notre sens original du marché philatélique, ou à tout le moins d’une large partie de celui-ci. S’agissant d’oeuvres d’art, l’internationalisation des marchés semble s’être assez tôt imposée et généralisée: les oeuvres de toute époque des grands peintres et sculpteurs italiens, français, espagnols, hollandais, ... se négocient depuis longtemps sur les grandes places mondiales. Il semble aujourd’hui en aller de même pour deux segments du marché philatélique: celui des grandes valeurs « classiques » surtout (1840-1899, approximativement) et à un moindre titre, peut-être, celui des valeurs « semi-classiques » (environ de 1900 à 1939): dans la plupart des pays les grands collectionneurs, dotés des moyens financiers nécessaires et capables par leur degré d’information et leur culture de conduire de véritables stratégies de collection, s’intéressent assez souvent aux bonnes valeurs de ces deux périodes, quelle que soit l’origine nationale ou géographique des timbres du passé. En revanche, pour les « valeurs modernes » (timbres émis à partir de 1940) il semble que les choses soient assez différentes: les marchés philatéliques nationaux sont quasiment les seuls soutiens de la valeur (actuellement très faible en France) de ces timbres. L’immense majorité des acheteurs des nouvelles émissions postales françaises sont en effet des philatélistes français et l’on peut certainement transposer, mutatis mutandis, à tout pays cette observation. Dans cette perspective on comprend non seulement les disparités internationales d’évolution des cotes des timbres des 50 ou 60 dernières années, la demande solvable ne pouvant avoir partout la même intensité, mais aussi leurs variations conjoncturelles: en période de crise et de chômage, le poste « philatélie » fait partie des premières rubriques rétrécies ou supprimées dans les budgets des ménages de standing moyen ou médiocre. Et si cela se combine, comme c’est actuellement le cas, avec une politique postale caractérisée par la démultiplication des émissions annuelles et une ahurissante inflation des tirages, on s’explique l’inquiétude de bien des acteurs du marché!

3) Une grande incertitude quant aux rendements financiers caractérise les deux marchés.

Lorsqu’on ouvre un livret de Caisse d’épargne ou un Plan d’épargne-logement, ou quand on place son argent dans des obligations à taux fixe, on peut anticiper, sur la base des taux d’intérêt affichés, le rendement financier de l’épargne placée qui, au moins en termes nominaux (compte non tenu de l’inflation), donnera une idée de la qualité du placement réalisé. Lorsqu’on place son épargne dans un actif immobilier l’incertitude est plus grande mais la valeur locative du bien permet aussi une certaine estimation de son rendement financier nominal; en revanche sa valeur exacte de réalisation (montant du capital récupéré en cas de revente) est plus incertaine. L’incertitude s’accroît encore avec les actions: leur revenu annuel est incertain et variable, de même que leur futur cours de revente. Avec les oeuvres d’art et la philatélie l’incertitude est sinon totale, du moins immense (Dans tous les cas l’inflation future et donc les rendements réels attendus demeurent une inconnue importante....)
Tout d’abord entre l’achat et la vente du bien aucun revenu n’est perçu. Le calcul d’un taux de rendement ne peut donc se faire que par comparaison entre le coût de l’achat (tous frais inclus) et le prix de revente (tous frais déduits). Toute la qualité de l’opération réalisée dépendra alors de la culture, la connaissance, l’information, le goût et l’intuition de l’acteur (A quoi l’on peut sans doute ajouter, s’il y a lieu, l’honnêteté et la compétence des experts et autres intermédiaires pouvant prendre part aux deux transactions (achat et revente)...). Par ailleurs le gain et le taux de rendement effectivement réalisés ne seront exactement connus qu’a posteriori... On voit bien ainsi la part de comportement inévitablement ludique qu’impliquent des transactions de ce type. Heureusement, indépendamment du résultat financier, trois passions (d’intensité variable d’un individu à l’autre) au moins auront été le plus souvent assouvies: passion esthétique, passion de la collection pour elle-même, passion du jeu ou de la prise de risques...
Ces remarques préliminaires terminées, précisons que nous nous intéresserons principalement, dans cette seconde partie, aux timbres de France, le mot timbre étant pris dans son sens générique le plus large: timbres-poste stricto sensu, timbres de poste aérienne, timbres préoblitérés, timbres de service,... y compris, naturellement, les carnets.
Le marché philatélique s’articule, pour l’essentiel, autour de deux grands types de transactions: celles, d’une part, qui mettent directement en cause La Poste et qui consistent en l’achat de timbres auprès de cette entreprise publique au fur et à mesure que surgissent les émissions nouvelles dont elle a l’absolu monopole; celles, d’autre part, qui portent sur le stock des timbres émis dans le passé, que La Poste a retirés de la vente et qui mettent en cause les divers acteurs du marché philatélique: collectionneurs, isolés ou rassemblés en clubs et associations diverses, négociants, acheteurs « institutionnels » éventuellement (musées postaux...), experts, commissaires priseurs... Dans ce dernier cas l’offre de chaque timbre est représentée par un stock non reproductible, dont l’importance exacte est d’ailleurs mal connue, et dont la répartition dans le public et parmi les professionnels ne peut elle-même faire l’objet que d’hypothèses. Ce stock comprend bien entendu les accumulations des divers négociants mais aussi toutes le collections détenues par les particuliers, chacune pouvant toujours réapparaître sur le marché à un moment ou un autre. On considère souvent, dans les milieux professionnels, que le nombre des « collections dormantes » détenues par le public serait, en France, compris entre cinq et dix millions... Ce sont ces transactions sur stocks qui rapprochent le plus le marché philatélique du marché de l’art et, plus généralement, des marchés des biens non-reproductibles.

I. LES EMISSIONS NOUVELLES ET LE MONOPOLE POSTAL

La Poste est, depuis son changement de statut survenu en 1991, une entreprise publique volontiers qualifiée de service public de référence. Comme l’ancienne administration postale elle conserve dans notre pays le monopole absolu et la pleine et entière responsabilité de l’émission des timbres, tels que nous les avons précédemment définis. Réalisant, toutes activités confondues, un chiffre d’affaires de l’ordre de 85 milliards de francs en 1996 (soit environ 13,8% du CA de l’ensemble de nos grandes entreprises nationales) dont 57 milliards sont dus à la seule activité « courrier », La Poste dispose sur le territoire national de 16.988 bureaux et agences postales et emploie plus de 300.000 salariés (282.529 personnes en 1996 en équivalent « plein temps »), ce qui représente environ 35% de l’emploi de nos grandes entreprises nationales, et ce qui fait d’elle le premier employeur de France après l’Etat (3.050.000 personnes étaient employées par ce dernier en 1996).
Il est bien clair que La Poste est à la source du produit qui fait l’objet de la philatélie: elle est le seul émetteur de timbres lato sensu. Cette remarque permet de relever l’une des ambiguïtés de son statut spécifique dans le cadre du marché philatélique.
D’un premier point de vue, en effet, La Poste est le seul responsable de l’émission des timbres nouveaux (d’usage courant et de collection, selon une tradition désormais établie nous considérerons comme synonymes les expressions de « timbres de collection » et de « beaux timbres » (par opposition aux timbres d’ « usage courant »), de la qualité esthétique des programmes annuels, du nombre d’émissions nouvelles lancées chaque année, de leur étalement infra-annuel et du montant des tirages auxquels chaque émission donne lieu. Dans ces conditions il n’est pas douteux que l’entreprise publique a une responsabilité écrasante quant à la qualité actuelle et à venir des timbres dits « modernes ». En particulier sa politique en la matière conditionne largement (étant entendu que d’autres facteurs interviennent aussi) le maintien, le développement ou au contraire la régression des pratiques philatéliques. Car il est évident que la clientèle jeune, celle de ces fameux « huit à quatorze ans » qui adhèrent un jour à la collection de timbres et constituent à l’évidence le vivier des futurs « vrais philatélistes » (de petit ou grand talent), ne dispose que de peu de moyens financiers. La voie la plus économique pour ces collectionneurs en herbe consiste à s’intéresser aux timbres actuels au fur et à mesure de leur émission, qu’ils se les procurent par achat direct aux guichets postaux, par abonnement ou réservation, chez des négociants, dans le cadre de leurs clubs, ou par échanges directs entre eux. Dans cette perspective on ne peut nier que la politique de qualité des émissions postales (pouvoir d’attraction des beaux timbres, messages dont ils sont porteurs) ainsi que la politique de communication philatélique de La Poste (l’art de faire savoir l’existence des beaux timbres et de promouvoir leur vente) sont des facteurs essentiels du maintien, dans le long terme, de la vitalité philatélique du pays. La jeunesse n’est d’ailleurs pas seule concernée: bien des philatélistes plus chevronnés délaissent délibérément les collections de timbres modernes pour se consacrer à des périodes plus anciennes. Ces deux facteurs (qualité et communication) agissent d’ailleurs autant sur les collectionneurs de timbres neufs que de timbres oblitérés. Car si le public n’est pas suffisamment attiré par les timbres supposés beaux, ou s’il ignore plus ou moins leur existence, l’offre et la demande de timbres oblitérés de collection ne peuvent aussi que dangereusement se raréfier.

Périodes Nombre total d'émissions (NT) Nombre annuel moyen en millions (NA) Tirages moyens annuels (TM) Valeur Faciale en Francs courants (VF-1) Indices moyens des prix (IM) Valeur Faciale en francs constants de 1995 (VF-2) :

Périodes        NT     NA        TM           VF-1           IM        VF-2

1849-1898    100    8,33    124,75    0,003336     0,050    6,672
1900-1918      50    6,25      67,22    0,006426     0,059  10,892
1919-1939    311  14,80        9,08    0,001758     0,281    0,626
1940-1959    801  40,05      55,66    0,018800     6,366    0,295
1960-1979    862  43,10      11,46    0,820000   22,645    3,621
1980-1995    902  60,13      11,43    3,080000   80,951    3,805

D’un autre point de vue, en revanche, une fois les timbres émis retirés des guichets La Poste sort en quelque sorte du marché philatélique et n’est plus directement concernée par les valeurs que peuvent revêtir les timbres qui s’enfoncent dans le passé. Si, pour ne prendre que cet exemple, le Musée de la Poste souhaite se procurer un timbre authentique du 19° siècle pour compléter l’une de ses collections, il ne peut que se comporter comme un acheteur parmi d’autres sur le marché des timbres... Dans cette nouvelle optique La Poste peut certes toujours jouer un rôle important dans le domaine de la mémoire collective. L’existence dans divers pays des musées postaux en est un exemple et, plus généralement, l’accès aux archives postales est certainement un facteur permissif important pour l’édification de collections spécialisées pertinentes et/ou la réalisation de collections et d’études postales et historiques de valeur. Mais dans ce cas La Poste prend beaucoup plus l’allure d’un partenaire de recherche que d’un acteur du marché.
Des indicateurs significatifs de la politique postale peuvent être trouvés dans le nombre des émissions annuelles, dans le tirage auquel chacune donne lieu et dans l’évolution des valeurs faciales. Les résultats obtenus sont pleins d’enseignements. Le tableau précédentt permet une rapide synthèse de cette question
C’est clairement le nombre des émissions (colonnes 2 et 3 du tableau ci-dessus) qui a connu la plus forte inflation. La chose est logique: une fois conscience prise, par les services postaux, que la philatélie constitue une source non négligeable de chiffre d’affaires et de bénéfices, leur démultiplication est le seul moyen de pousser les philatélistes à la dépense. On voit que le phénomène s’est accéléré après la Première Guerre Mondiale et a atteint son plein développement à partir de 1940... En revanche les tirages restent relativement stables, mais de niveau élevé eu égard au nombre de philatélistes, depuis 1960. Pour les années antérieures leur importance s’explique probablement (surtout pour la période 1849-1918) par le fait que les émissions, bien plus réduites en nombre qu’aujourd’hui, portaient largement sur des timbres « d’usage courant ». Enfin l’évolution des valeurs faciales moyennes est à première vue plus étonnante. C’est surtout à la dernière colonne du tableau qu’il convient ici de se référer, tout s’y trouvant exprimé en francs de 1995, ce qui facilite les comparaisons inter-temporelles. Partant d’un niveau déjà élevé pour les années 1849-1898 elles passent par un pic au cours de la période 1900-1918, pour décroître ensuite jusqu’à un bas niveau pendant les années 1940-1949. Elles remontent ensuite assez fortement, se stabilisant néanmoins autour de 3,7 francs de 1995 depuis 1960. On peut ainsi affirmer que de 1849 à 1918 elles furent, en gros, deux fois plus élevées qu’aujourd’hui. Il est plus que probable que les économies d’échelle permises par l’impressionnant développement des services postaux se sont jointes à des progrès techniques très vifs pour induire, dans la production des timbres et dans l’acheminement du courrier, de très rapides gains de productivité qui se sont naturellement traduits par de substantielles baisses des coûts et des prix (valeurs faciales).
Une certaine insatisfaction semble actuellement régner dans les milieux philatéliques (collectionneurs, clubs, négociants...) quant à la politique postale suivie. Les récriminations essentielles sont au nombre de quatre:
• Le nombre excessif d’émissions annuelles, qui donne généralement l’impression que l’on abuse du souci d’exhaustivité des collectionneurs en les contraignant à des dépenses annuelles qui pourraient être plus limitées;
• L’importance des tirages des beaux timbres qui leur enlève pratiquement toute chance, depuis près de soixante ans, de prendre un jour une valeur appréciable; Il est clair que la très grande généralisation du recours aux « usages courants » et, dans les entreprises et les administrations, aux machines à affranchir et autres automates limite énormément l’utilisation des timbres de collection qui permettent, pourtant, de satisfaire avec la plus grande exactitude à toutes les valeurs possibles d’affranchissement... En ce sens, même si leurs tirages n’ont pas énormément augmenté depuis vingt ou trente ans, ils deviennent néanmoins de plus en plus pléthoriques en termes relatifs (par référence à la demande du public).
• L’insuffisance et/ou l’inefficacité des moyens déployés pour faire connaître au public l’existence des timbres de collection, ce qui d’une part bride la demande qui en est faite et ce qui, d’autre part, limite leur usage effectif pour l’affranchissement et freine ainsi les collections de timbres à la fois modernes et oblitérés; Il n’est pas douteux, en effet, que le public est généralement très mal informé de leur existence et que ces timbres ne bénéficient pas toujours d’une très grande accessibilité aux guichets des bureaux de poste. De plus on peut se demander ce que signifient, pour les vrais philatélistes, des timbres de plus en plus inconnus et marginalisés, qui ne symbolisent quasiment plus l’acheminement des nouvelles et n’exercent donc plus la fascination (affective et historique), dont ils étaient jadis porteurs, en tant que supports de la communication par le courrier.
• L’indigence des efforts faits, sur le plan artistique, pour rendre véritablement attractifs et « beaux » les timbres ainsi qualifiés. En ce domaine il nous paraît difficile de généraliser. Tout dépend des goûts de chacun. Par comparaison avec les émissions (françaises) d’avant-guerre on a souvent l’impression qu’un progrès important a été réalisé, notamment depuis 1960. Il reste que l’on peut probablement parler de stagnation ou d’indigence de la créativité artistique française, en matière philatélique, quand l’on considère les beaux timbres émis dans certains pays étrangers (Suisse, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Australie...).
En fait ces critiques correspondent sans doute toutes à une certaine réalité. Nous ajouterons qu’elles se réfèrent à des phénomènes qui ne sont pas forcément indépendants les uns des autres et dont les effets se renforcent parfois. Selon où l’on réside on peut, certes, connaître l’existence de beaux timbres mais avoir une difficulté à s’en procurer et aussi ne pas les trouver assez séduisants en termes esthétiques et/ou en termes de valeur future pour partir à la recherche, parfois difficultueuse, du guichet approvisionné...
Et pourtant on ne peut nier que La Poste fasse depuis quinze ou vingt ans un sérieux effort pour résoudre ou atténuer ces difficultés. L’instauration du Service Philatélique de la Poste qui procure, avec une ponctualité exemplaire, les timbres nouveaux sur abonnement et qui compte aujourd’hui plus de 120.000 abonnés, la démultiplication (sans doute encore insuffisante) des « points philatéliques », au nombre de 212 actuellement, l’implantation de multiples guichets où l’on peut procéder à des réservations de timbres annoncés (on compte actuellement plus de 500.000 réservataires), la création assez récente (1986) d’une Association pour le Développement de la Philatélie contrôlée par La Poste, sont autant de signes positifs de la prise de conscience progressive faite par l’Administration postale, puis par l’entreprise publique en laquelle elle se mua, de l’importance de son rôle dans la promotion du timbre de collection et, plus prosaïquement, de l’intérêt économique qui est le sien dans le système philatélique.
On peut à l’heure actuelle estimer à 1.500.000 au moins et 2.200.000 au plus les amateurs de beaux timbres en France, et faire la supposition assez vraisemblable qu’en moyenne chacune de ces personnes fait l’acquisition de deux « beaux timbres » nouvellement émis à des fins de collection. On peut ainsi retenir deux hypothèses extrêmes permettant de cerner quelque peu le chiffre d’affaires postal imputable à la vente des beaux timbres.
Commençons par l’hypothèse haute. Prenons pour référence l’année 1993 pour laquelle nous disposons de renseignements assez précis sur les tirages (Source: Base de données du logiciel Philamatic (1996) et catalogue 1997 d’Yvert & Tellier. 69 Timbres ont été émis en 1993, dont 9 d’usage courant. Les tirages de ces derniers sont inconnus. Il en va de même pour 18 beaux timbres. Finalement on dispose des tirages pour 42 timbres (61% de l’échantillon), tous de collection.). 69 timbres ont été émis représentant une valeur faciale moyenne de 4,02 Francs. Pour 42 timbres (tous « de collection ») sur 69 on dispose des tirages effectués. Le produit de chaque tirage par la valeur faciale du timbre correspondant conduit à calculer un chiffre d’affaires potentiel, pour ces 42 timbres, de 846 millions de francs. Une simple extrapolation linéaire à 60 beaux timbres effectivement émis (tirage global estimé à 376 millions de timbres) permet une approximation du chiffre d’affaires potentiel global de l’ordre de 1 milliard et 208 millions de francs. Une entreprise essaie toujours d’adapter son volume de production à un volume de ventes anticipé. Admettons une « marge d’erreur » par excès de 10 à 12 %. Pour ne pas pêcher par optimisme retenons 12% d’invendus. Cela nous conduit à estimer, pour l’année 1993, le volume physique des ventes de beaux timbres à 331 millions d’unités et le chiffre d’affaires global à 1,063 milliards de Francs, ce qui représente environ 2% du CA global de la branche « courrier ».
Passons à l’hypothèse basse (1.500.000 acheteurs réguliers de beaux timbres). Un calcul identique au précédent conduit à l’idée que le chiffre d’affaires réalisé avec les acheteurs de timbres de collection serait au total de l’ordre de 578.000.000, ce qui représente en moyenne 9,6 millions par émission nouvelle.
Si l’on ajoute que tous les raisonnements précédents ne portent que sur les timbres-poste stricto sensu et que les collectionneurs s’intéressent en général aussi à d’autres catégories de produits philatéliques « nobles » (carnets, timbres de poste aérienne, timbres de service, préoblitérés, etc.), ainsi qu’à d’autres produits qualifiés aussi (de façon souvent approximative) de philatéliques et vendus par La Poste, on conçoit que notre entreprise publique monopolistique et ses homologues étrangères ne puissent se désintéresser de la question philatélique!

II. LES TRANSACTIONS SUR STOCKS EXISTANTS

Nous atteignons ici le coeur du marché philatélique. C’est bien, en effet, ce type de transactions qui a présidé à la naissance du marché philatélique, notamment à une époque où l’on collectionnait principalement les timbres oblitérés et c’est bien en ce domaine que depuis plus de cent ans se font des opérations atteignant parfois des montants considérables. Les ouvrages sur la philatélie abondent dans toutes les langues. Mais rares sont en revanche ceux qui procèdent à une véritable analyse économique et/ou financière du phénomène.
Dès que le public (négociants inclus) est approvisionné en « beaux timbres » nouveaux et que La Poste les a retirés de la vente, ces produits entrent nécessairement sur ce marché où l’on trouve donc des timbres de tous pays et surtout de toutes époques...
A. Lavenir et Georges Olivier, le premier dans une remarquable conférence prononcée en 1923, le second dans un savoureux ouvrage paru en 1942, ont bien caractérisé l’émergence de ce marché sur stocks. Les premiers « timbrés » -ainsi les qualifiait-on, comme le rappelle avec un inimitable humour Georges Olivier- se trouvèrent vite possesseurs de nombreux exemplaires oblitérés d’un même timbre et furent donc rapidement conduits à se contacter pour procéder à des échanges. Quelques commerçants (des papetiers et des gantiers à l’origine...), constatant l’existence de ces « maniaques » (autre expression utilisée à propos des collectionneurs de timbres à cette époque), eurent l’idée de rassembler des timbres oblitérés et d’en ajouter la vente à leur commerce. Par ailleurs une première « bourse aux timbres », initiée, semble-t-il, par des lycéens, apparaît dès 1860 dans le Jardin des Tuileries. On peut tenir pour assuré que dès 1875 de nombreux commerces spécialisés sont déjà florissants en Grande-Bretagne, en France, en Belgique, en Suisse..., alors même que la quantité des timbres émis dans le monde et celle des collectionneurs progressent considérablement. Le marché n’a en effet cessé de se diversifier tout en se structurant dès les décennies 1850 et 1860, les années 1861 - 1865 paraissant décisives en ce domaine: le premier journal de philatélie paraît à Liverpool le 15 décembre 1862 et la même année voit publier le premier ouvrage sur la philatélie ainsi que le premier catalogue de timbres, à Paris; en 1863 quatre revues philatéliques font leur apparition en Allemagne; en 1865 la première dispersion d’une collection aux enchères se produit à Paris, en l’Hôtel Drouot alors qu’apparaît à Nevers la première Association Philatélique d’échanges. Plus tard, en 1875, sous l’impulsion du Baron de Rothschild, est fondée la Société Française de Timbrologie, qui se distinguera, en 1904, par la publication d’un Catalogue Officiel demeuré célèbre, auquel ont travaillé, pendant deux ans, plus de 70 experts du monde entier... On estimait déjà le nombre mondial de collectionneurs à 1.000.000 en 1900 et à 2.500.000 dès 1923...
La philatélie a donc rapidement suivi la création du timbre. Et le phénomène a, à son tour, si vite pris une telle ampleur qu’il a donné naissance à un marché actif, organisé et structuré dans un laps de temps étonnamment court.
L’importance du stock de timbres détenu dans un pays (par les collectionneurs, experts, négociants...) est très difficile à estimer. A la fin de la décennie 1970 Alain Massacrier et Jacques Reynaud estimaient, avec les précautions d’usage en un domaine aussi délicat, que le stock des timbres français émis de 1849 à 1939 inclus pouvait avoir, en France, une valeur globale de 4 milliards de francs. Cela aurait représenté, en 1995, près de 9,2 milliards de Francs. La situation actuelle de ce marché sera, dans la mesure du possible, caractérisée (en prenant pour référence le seul cas français) à partir d’un examen des trois principaux acteurs du marché, ce développement s’achevant par quelques réflexions générales sur l’état présent de ce même marché.

A. Collectionneurs et « vrais philatélistes »

Le nombre des collectionneurs et philatélistes est en dernière analyse assez mal connu, une partie de ce qui précède l’a bien laissé entendre. Il s’agit pourtant de la population que l’ensemble de l’activité économique philatélique souhaite servir. Les négociants ne sont, dans leur activité professionnelle, que de purs intermédiaires achetant à La Poste et à certains collectionneurs les timbres qu’ils revendront à d’autres. Les collectionneurs actifs, au sens large du terme, sont les seuls acheteurs finals, au sens de l’analyse économique, de produits philatéliques. Mais ils sont aussi éventuellement revendeurs. Et, sur ce point, l’économiste peut s’interroger quant à la nature exacte de leurs comportements sur le marché qui retient ici notre attention. Pour ceux qui n’agissent que par pure passion, il s’agit à l’évidence de consommateurs de biens à la fois de luxe, non reproductibles et durables. Pour ceux qui ne voient dans la philatélie (les moins nombreux semble-t-il) qu’une opportunité de placements éventuellement rentables leurs achats peuvent être assimilés à une forme de placement (parmi d’autres possibles) de leur épargne. De plus en plus nombreux sont d’ailleurs les « gestionnaires de portefeuille » qui proposent à leur clientèle, dans une optique de diversification des placements, l’achat de valeurs philatéliques qui sont toujours présentées, c’est la règle du jeu, comme excellentes. Mais de nombreux philatélistes, tout en donnant satisfaction à leurs pulsions passionnelles, essaient aussi de maximiser la valeur de leur collection, et ils ont bien raison de le faire, en consacrant une bonne partie de leurs moyens financiers à l’acquisition d’excellentes valeurs (françaises et étrangères). La philatélie et les bons philatélistes présentent ainsi un double visage...
En fait les estimations du nombre de collectionneurs faites à travers divers sondages sont assez remarquables... par l’instabilité des résultats obtenus. Nous essaierons de caractériser brièvement les informations essentielles qu’ils révèlent.
Un sondage de 1988 commandé par l’Association pour le Développement de la Philatélie (ADP) et réalisé par Infométrie estimait à cette époque le nombre maximum de collectionneurs à 2.400.000 personnes et à 24,1% de cette population le nombre des « vrais philatélistes ». Cela correspondait à 578.000 philatélistes authentiques, de sexe masculin principalement, qui étaient pour plus de 54% d’entre eux plutôt âgés (plus de 50 ans), généralement à la retraite (42% d’inactifs) et se trouvaient donc en mesure d’affecter plusieurs heures par semaine à leur collection, consacrant à l’enrichissement de celle-ci des revenus excédant largement 1.000 voire 10.000 francs par an (plus de 45% de l’échantillon) Des sondages plus récents (Francoscopie, 1997, pour le compte du Ministère de la Culture et IPSOS, Juin 1996, pour le compte de l’ADP) conduisent à considérer que 23% des français de 15 ans et davantage (soit plus de 10,5 millions de personnes) s’adonneraient à des collections en tous genres, les collectionneurs de timbres (au sens le plus large) arrivant nettement en tête (8% de la population en question) devant les amateurs de cartes postales (4%). Si l’on accepte cette proportion cela signifierait que plus de 3,6 millions de personnes s’intéresseraient de plus ou moins près, avec plus ou moins de fidélité et/ou d’intensité, aux timbres. Contrairement à toute attente les « 15 à 19 ans » représenteraient 41% de cette population d’amateurs de timbres et viendraient ensuite les « 20 à 64 ans »: 45%. Soit à peu près 1,6 millions de personnes représentant 5,4% de l’effectif total de cette classe d’âges...Se situeraient en queue de liste les « 65 ans et plus » qui ne constitueraient que 14% des amateurs de timbres. Le nombre total de philatélistes assidus et vraiment passionnés est par ailleurs estimé à environ 600.000 personnes. Ces gens (des hommes à raison de 84%) représenteraient donc désormais plutôt 16,4 % du total nombre des amateurs lato sensu et consacrent plus de 5.000F par an à leur collection. Parmi eux les retraités sont désormais 92%. C’est probablement cette population qui soutient le plus, par sa demande solvable, le marché des transactions sur stocks.

B. Les négociants

Le nombre des négociants opérant actuellement en France est de l’ordre de 400 (on l’estimait plutôt à 600 au début des années 1980). 70 à 80% d’entre eux sont concentrés sur Paris et l’Ile de France. L’emploi (tous statuts confondus) dépendant de ces professionnels peut être estimé à 2500 personnes. Les tailles de leurs entreprises sont très variables, et peuvent aller de l’artisanat familial à l’entreprise employant deux ou trois dizaines de personnes. Certains ne travaillent qu’en appartement, d’autres ont boutique sur rue. Le plus souvent ils sont eux-mêmes d’excellents philatélistes, dotés d’une remarquable culture dans le domaine. Ce qui explique que les principaux experts soient aussi des négociants.
Par ailleurs les marchands de timbres peuvent être plus ou moins spécialisés (thématiques diverses, timbres de pays étrangers, variétés, etc.). Par nature leur activité les contraint à détenir des stocks importants de valeurs philatéliques et donc à procéder à des immobilisations financières souvent substantielles. Les négociants de détail détiennent en général une très grande variété de timbres et une assez faible quantité de chacun. Les choses sont différentes pour les négociants de gros qui possèdent en général des stocks à la fois très diversifiés et quantitativement très importants. Avec le développement des ventes par correspondance, qui consistent souvent pour eux à disperser sur catalogue des collections qui leur sont confiées, l’importance des stocks que détiennent les marchands semble en diminution depuis quelques années.
Leur chiffre d’affaires global tourne autour de 500 millions de francs par an (ventes en magasin plus ventes par correspondance à prix nets). En tenant compte des ventes sur offres (dont nous reparlerons très bientôt) il peut être annuellement estimé à 650 millions, depuis 1994 environ. Autant dire que ce marché est aussi important que celui que détient La Poste dans le domaine des émissions nouvelles, et qu’en France le chiffre d’affaires global de la philatélie dépasse donc largement, actuellement, le milliard de francs par an...
La Chambre Nationale Française des Négociants et Experts en Philatélie (CNEP), à laquelle l’adhésion est bien entendu totalement libre, accueille aujourd’hui 250 marchands de timbres. Son Président est renouvelé chaque année. La CNEP offre à ses adhérents une structure organisée, prend la responsabilité de salons où ses membres exposent, leur offre une véritable chaîne de solidarité dans certaines situations difficiles (par exemple recherche de valeurs philatéliques dérobées, qualifiée parfois de « chaîne des vols », qui s’est avérée fort efficace en diverses circonstances), met à leur disposition un « service des litiges » qui essaie de dénouer de façon aussi peu conflictuelle que possible les différends entre négociants (entre grossistes et détaillants par exemple) ou mettant en cause marchands et collectionneurs...
Terminons ce point en évoquant une grave responsabilité pesant sur certains négociants: celle d’émettre des catalogues.
Historiquement, en France, les premiers catalogues furent signés par Potiquet et par Lalande (en 1861 & 1863 respectivement), marchands de timbres à Paris. En 1904 on connut le fameux intermède du Catalogue Officiel de la Société Française de Timbrologie dont la publication cessa après trois éditions. Parmi d’autres, de moindre réputation, on peut citer le catalogue de Maury alors que dès 1896 le catalogue d’Yvert & Tellier faisait son apparition. Vers 1908 ce dernier devint officiellement le « prix courant » de la maison Champion, grand négociant parisien dont le fondateur comprit très tôt que le développement de la philatélie était lié à l’existence d’un catalogue à cotes sérieuses et sincères et de surcroît constamment tenues à jour. Ce produit fut une grande réussite et il continue de nos jours à dominer largement, à tout le moins en France, le marché des catalogues. Le catalogue Yvert et Tellier des timbres de France est actuellement diffusé, chaque année, à 200.000 exemplaires environ. Le Catalogue Cérès est également un bon catalogue de référence dans notre pays (approximativement 20.000 exemplaires par an), et il en existe d’autres, également sérieux mais de moindre diffusion.
Contrairement à ce que laisse parfois entendre une légende apparemment tenace, les « cotateurs » des catalogues (y compris chez Yvert et Tellier) n’établissent pas les cotes en réunissant une commission d’experts et autres « connaisseurs » qui serait formellement constituée. Ce sont en fait de grands négociants qui ont personnellement, et au quotidien, une excellente perception ainsi qu’une grande expérience du marché philatélique dans toutes ses dimensions et qui s’entourent, pour autant que de besoin et de manière totalement libre et informelle, des avis (de confrères, d’experts, de commissaires priseurs spécialisés, de grands philatélistes) qu’ils jugent utile de prendre. Les cotes qui figurent dans les catalogues divergent assez souvent des prix effectivement pratiqués (qu’il s’agisse de décotes ou de surcotes) et cela étonne, parfois irrite, les collectionneurs. Et pourtant la chose est relativement inévitable. On peut l’expliquer en trois points essentiels:
• En premier lieu les cotes s’appuient généralement sur les « prix courants » pratiqués par l’éditeur du catalogue au cours des neuf premiers mois de l’année « t » (disons 1997) pour une édition qui paraîtra le plus souvent au cours du dernier trimestre de cette même année et qui se trouvera millésimée « t+1 » (soit 1998). Ces cotes serviront de référence aux collectionneurs... jusqu’à l’édition suivante. Ce décalage chronologique suffit déjà à expliquer que les prix pratiqués au cours de « t+1 » (1998) puissent différer de la dernière cote, en raison du taux effectif d’inflation, en raison aussi des divergences d’offre et de demande concernant chaque timbre.
• En second lieu le catalogue sert de prix courant, c’est-à-dire que ses cotes correspondent aux prix de vente couramment pratiqués par le négociant qui l’édite et qui s’efforce, dans toute la mesure du possible, de les respecter au plus près. Il est dès lors impossible pour ce marchand de racheter au public les timbres « à la cote »: une décote correspondant approximativement au montant de la « marge commerciale » que le négociant anticipe (et non, comme on le croit trop souvent, à son bénéfice net) est ainsi inévitable.
• En troisième lieu les éditeurs de grands catalogues se sentent inévitablement une grave responsabilité quant à l’état du marché, notamment quand ils constatent des variations de prix concernant de fortes ou assez fortes valeurs philatéliques. Le problème est souvent d’éviter des paniques, néfastes pour les philatélistes comme pour les marchands. Ainsi quand la valeur d’un bon timbre tend effectivement à décroître on évite de réviser sa cote à la baisse: on tend plutôt à la stabiliser, pendant plusieurs années s’il le faut, comptant sur le temps (et sur l’inflation) pour que la cote rejoigne la valeur véritable du timbre. Ainsi l’on a vu, pour ne prendre qu’un exemple, une valeur « moyenne » comme le timbre « de base » de la série dite « Pont du Gard » présenter une cote étonnamment stable de 1985 à 1995...
Remarquons enfin que les cotes des catalogues sont toujours de fort utiles indicateurs des valeurs relatives des timbres, ce qui facilite grandement les opérations de troc des échangistes. Si un collectionneur veut se dessaisir d’un timbre coté 10F il peut l’échanger contre un autre timbre de même cote, ou contre deux timbres (différents) cotant 5 francs chacun, etc. Les cotes se limitent alors à une unité de compte, mais particulièrement performante.


C. Les clubs et associations

On l’a vu précédemment, la vie associative a très vite caractérisé la philatélie, en France comme à l’étranger. Les clubs et/ou associations n’ont cessé, depuis la fin du 19° siècle, de se démultiplier, sur une base territoriale et aussi professionnelle: toute ville de quelque importance a aujourd’hui son association de philatélistes et l’on trouve aussi, pour ne citer que cet exemple, de nombreux clubs qui rassemblent, à l’échelon local, des gens se rattachant à la même profession ou au même secteur d’activité. On a assisté aussi, depuis une cinquantaine d’années à un fort développement de clubs parfois fort « pointus », rassemblant des collectionneurs très spécialisés en certains domaines (thématiques, variétés, marques postales, types d’oblitérations, etc.). Ces associations, parfois assez informelles, sont assez souvent fort bien structurées et organisées. Animées par des bénévoles qui sont la plupart du temps des philatélistes fort compétents, elles offrent à leurs adhérents des services variés allant de l’organisation des échanges à l’initiative d’expositions de qualité, en passant par la mise à leur disposition de bibliothèques de base (catalogues, revues, ouvrages, études de membres du club) et d’une activité, gratuite pour les membres, de conseil et de consultation. Leur rôle est souvent important pour les philatélistes chevronnés, mais il l’est plus encore pour les jeunes philatélistes qui trouvent aisément dans ces structures l’ambiance et les compétences nécessaires à une initiation rationnelle et rigoureuse; et qui voient souvent se confirmer ou se renforcer leur « vocation » au contact amical et éclairé des plus anciens. De ce point de vue la vie associative philatélique est un maillon indispensable à l’entretien de la « flamme » philatélique et son impact sur le marché est certainement très positif en ce sens qu’elle avive et affine les compétences et contribue ainsi à maintenir l’intensité de la demande de bons timbres.
Et pourtant, s’il y a aujourd’hui plus de 700 associations philatéliques en France, celles-ci ne rassemblent jamais qu’un effectif d’adhérents d’environ 65.000 personnes, ce qui est bien peu eu égard au nombre de collectionneurs et toujours assez peu par comparaison à la population des « vrais philatélistes ».
Les associations sont regroupées au sein de la Fédération Française des Associations Philatéliques (FFAP), chargée de la défense des intérêts de ses membres et de l’organisation d’expositions (généralement de très haut niveau), ainsi que de manifestations philatéliques diverses. Elle diffuse, principalement sur abonnements, sa propre revue, Philatélie Française. La FFAP est enfin elle-même membre de la Fédération Internationale de Philatélie (FIP).

D. L’état général du marché en 1997

Il était encore de tradition, dans les ouvrages philatéliques des années 1970 et 1980, de réserver une place assez importante à une catégorie particulière d’acteurs: les spéculateurs. Individus généralement étrangers la passion philatélique, ils n’en interviennent pas moins sur le marché en achetant en grand nombre, à La Poste, des feuilles entières des timbres nouvellement émis et commencent par les stocker un certain temps dans l’espoir de réaliser, à terme, une plus value aussi discrète qu’appréciable. Leur rôle a parfois été jugé bénéfique en ce sens que ces spéculateurs permettraient, d’une part, d’opérer une certaine stabilisation du marché (quand les cotes montent ils sont tentés de réaliser leurs stocks et contribuent ainsi à contenir les hausses, voire à induire des baisses) et d’autre part d’approvisionner, au moment voulu, les négociants qui limiteraient ainsi leurs propres stocks et leurs immobilisations financières... Quoi qu’il en soit, la plupart des négociants que nous avons consultés s’accordent aujourd’hui à penser que le nombre et le rôle des spéculateurs est devenu négligeable depuis le milieu des années 1980. Il n’est pas impossible qu’en ce domaine le moindre besoin de stocks importants chez les marchands d’une part et la politique inflationniste de La Poste quant au nombre annuel d’émissions et quant à l’importance des tirages d’autre part, aient dissuadé les spéculateurs de poursuivre leur activité (importance croissante de la dépense annuelle pour de très faibles perspectives de progression des cours des timbres nouveaux).
Tout cela dit de nombreuses et récentes conversations avec des négociants et experts éminents, principalement sur la place de Paris, nous conduiront à présent à cerner un peu mieux l’état, en quelque sorte qualitatif, du marché des timbres.
Globalement, le climat est plutôt optimiste, malgré la longue période de croissance ralentie connue par l’économie française (et par bien d’autres) depuis plus de vingt ans, malgré aussi la longueur de la récession récente, malgré enfin l’état déplorable du marché du travail en France et plus largement dans la plupart des pays d’Europe continentale. Tous les négociants relèvent que chez les collectionneurs sérieux et autres vrais philatélistes de plus de trente ans, la passion demeure intacte. Ce qui est naturellement rassurant à leurs yeux.
Certaines modifications structurelles, pour commencer par celles-ci, se produisent pourtant sur le marché philatélique.
Au premier rang de celles-ci se place certainement le développement des ventes par correspondance. Nombreux sont les marchands qui ferment aujourd’hui leurs commerces du vendredi soir au lundi matin et qui ont d’ailleurs pris goût à la chose. Il y a une trentaine d’années seulement la plus grosse partie des transactions de la semaine se faisaient le samedi... Un discours relativement nostalgique émerge parfois de cette constatation: on évoque volontiers cet « âge d’or » où les « grands philatélistes », généralement érudits, se retrouvaient le samedi après-midi dans les boutiques de la rue Drouot et y tenaient impromptu, souvent avec la participation du négociant lui-même, de véritables tables rondes improvisées, toujours enrichissantes sur le plan culturel et particulièrement propices à la création d’un climat favorable à de très bonnes affaires. L’explication? Elle est fort simple: aujourd’hui les français, philatélistes inclus, partent en week-end dès le vendredi soir... En semaine les gens travaillent ou vaquent à d’autres occupations. Cependant, au cours du week-end, on a tout son temps pour consulter des pièces à vendre, reproduites et décrites par le menu dans des catalogues de négociants. On a tout son temps pour réfléchir, peser le pour et le contre... Et ainsi voit-on les ventes par correspondance se développer et se substituer, au moins en partie, aux transactions faites en magasin qui prennent un aspect de plus en plus marginal.
Parmi les transactions par correspondance les ventes à prix nets demeurent toujours actives: le négociant propose des pièces philatéliques, qui lui appartiennent ou qu’on lui a confiées pour les vendre, à un prix dont il peut toujours vanter les avantages et qui, en principe, n’est pas sujet à discussion. Mais, relevant d’une philosophie très différente, les ventes sur offres occupent une place tout à fait privilégiée parce qu’elles ont un aspect ludique qui les rapproche des ventes aux enchères (lesquelles paraissent d’ailleurs plutôt en régression), et aussi parce qu’elles visent à réaliser un idéal de « juste prix » qui est toujours un indicateur de référence important pour l’activité du secteur. Créées par Octave Roumet en 1927, constituant une institution originellement française, mais pratiquées partout dans le monde aujourd’hui, les ventes sur offres ont connu depuis cette époque un essor constant. On en sait le principe: chargé de disperser un certain nombre de collections et/ou de belles pièces le négociant qui procède à une vente sur offres édite et diffuse un catalogue décrivant et reproduisant (luxueusement le plus souvent) les valeurs essentielles. Très souvent un prix minimum est imposé. Les collectionneurs et autres clients intéressés soumissionnent sous plis cachetés. Au jour « j » les plis sont ouverts et l’adjudication est accordée, pour chaque pièce, au plus fort enchérisseur mais au prix proposé qui lui est immédiatement inférieur. La somme à payer par celui qui remporte l’adjudication est égale à ce dernier prix augmenté d’un pourcentage annoncé au préalable, 5% le plus souvent. Le développement des ventes par correspondance et particulièrement des ventes sur offres participe donc d’une adaptation du marché aux nouveaux styles de vie de la clientèle et limite, par ailleurs, les besoins des négociants en stocks onéreux et à la vitesse d’écoulement toujours imprévisible.
En ce qui concerne les collectionneurs et philatélistes eux-mêmes, saisis dans leurs comportements d’achat, la plupart des marchands les trouvent de mieux en mieux informés, rationnels dans le choix de leurs stratégies de collection et exigeants quant à la qualité des pièces acquises. Ils semblent avoir moins de pouvoir d’achat que voici vingt ou trente ans, surtout pour les plus jeunes d’entre eux (les moins de 30 ans), mais ils paraissent moins désordonnés dans leurs choix et leurs dépenses. D’ailleurs, signe intéressant de cette évolution des mentalités et comportements, beaucoup d’entre eux souhaiteraient par exemple une plus grande « transparence » des ventes sur offre (et en particulier l’intervention systématique d’un huissier de justice...). Tout cela corrobore parfaitement ce que l’on sait par ailleurs sur les nouveaux comportements des agents économiques - consommateurs, épargnants en quête de placements, ...- , et ces remarques ne nous ont pas surpris. Le temps de la société de consommation échevelée et débridée semble bien révolu. Le consommateur redevient rationnel comme il l’était aux yeux des premiers grands économistes qui, rappelons le, raisonnaient en un temps où l’abondance ne s’était pas généralisée comme elle le fit dans les années 1950 et 1960. Les ménages épargnent de plus en plus et essaient de faire fructifier leurs économies aussi rationnellement que possible. Quoi qu’il en soit ces philatélistes modernes, qui ont souvent entre trente et cinquante ans et appartiennent généralement à la catégorie des cadres moyens et supérieurs, restent fort actifs mais reviennent à une conception en quelque sorte plus authentique de la passion philatélique: non dupés par la prolifération et la marginalisation « relative » des beaux timbres modernes, ils concentrent de plus en plus l’essentiel de leurs moyens sur les valeurs (souvent des timbres oblitérés) à la fois anciennes et rares et, dans cette perspective, un fort renouveau des bonnes valeurs sur lettres mérite d’être relevé (une mention spéciale devant être accordée aux Ballons Montés et autres Boules de Moulins).
Une autre sous-population intéressante est constituée par les retraités d’âge assez avancé, généralement très bons philatélistes, qui restent principalement « classiques » dans leurs choix et qui disposent pour beaucoup de revenus confortables. En revanche les préretraités et jeunes retraités (disons des gens de 55 à 65 ans), moins aisés peut-être, mais surtout happés par les sollicitations de type Club Méditerranée, consacrent plutôt leurs revenus excédentaires à de lointains périples, eux-mêmes de moins en moins onéreux. Mais compte tenu de l’allongement de la vie humaine on espère fermement récupérer cette population un jour ou l’autre!
Une inquiétude se manifeste cependant. Il s’agit du sentiment qu’une forte crise atteint « la philatélie de base »: les timbres modernes de collection, souffrant d’une fréquence annuelle d’émission et de tirages pléthoriques, mettent sur ce segment de marché les négociants dans une situation de concurrence acharnée et de plus en plus intenable, d’autant que les jeunes générations de collectionneurs sont de moins en moins aisées du fait d’une activité économique dont les difficultés ne cessent de s’accuser. A cela s’ajoute, depuis quelques mois, le développement des « prêts à poster » qui retiennent, à tort ou à raison, l’attention d’un nombre croissant de jeunes collectionneurs, et dont les ventes ont drainé en 1996 plu d’un milliard de francs de pouvoir d’achat... En conséquence l’effectif et les disponibilités financières des jeunes collectionneurs tendent chacun à amorcer une décroissance, absolue et relative, inquiétante. Ce sont naturellement les marchands les plus jeunes qui semblent, en ce domaine, particulièrement soucieux quant à l’avenir de leur négoce.
Au-delà des modifications structurelles du marché que nous venons d’évoquer, les catalogues font chez tous les négociants l’objet des mêmes critiques: gardant peut-être un intérêt pour l’indication des prix relatifs des divers timbres, ils « surcotent » actuellement beaucoup trop les valeurs philatéliques, ce qui conduit les commerçants à pratiquer des « escomptes » (baisse des prix de vente par rapport aux catalogues) de niveau anormal et par conséquent à exiger des « décotes » plus importantes encore (lors des achats aux collectionneurs), tout ceci induisant un véritable malaise dans les relations avec la clientèle. De plus, on trouve les catalogues en général « mal structurés » car mettant beaucoup trop les diverses valeurs cotées sur le même plan... Au total la « vérité des prix » ainsi affichés mériterait une certaine révision...
Pour ce qui concerne, enfin, la circulation de faux produits philatéliques les experts consultés sont unanimes: les faux existent toujours, mais ne sont pas plus nombreux aujourd’hui que dans le passé. Ils sont en revanche de mieux en mieux exécutés, confinant parfois à la perfection, car les faussaires n’hésitent évidemment pas à s’équiper des moyens les plus modernes (photocopies en couleur exécutées au laser, notamment). Le danger est cependant relativement limité: la difficulté de trouver des papiers et des gommes vraiment identiques à ceux des originaux conduit en général à détecter les faux. De plus les experts sont eux-mêmes de mieux en mieux outillés, sur le plan des investigations techniques, pour les démasquer. Enfin les experts, comme les négociants eux-mêmes, sont de plus en plus compétents et limitent ainsi le risque de voir les faux produits proliférer. 

                                                                                                                    Roland GRANIER

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